Musique : La Folle Journée de Nantes ouvre « l’année Beethoven »

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Lyrique Mis à jour : lundi 27 janvier 2020 17:03 Affichages : 809

beethovenPar Serge Bressan -  Lagrandeparade.fr / Pas moins de cinq jours, du 29 janvier au 2 février 2020, c’est bien le moins qu’il faut pour la Folle Journée de Nantes (festival de musique classique créé en 1995) quand elle décide de rendre hommage à Ludwig von Beethoven. Mieux : à Nantes, avec cette Folle Journée, on ouvre « l’année Beethoven » qui, tout au long de 2020, célèbre le 250ème anniversaire de la naissance du compositeur allemand. Oui, cinq jours en Loire-Atlantique à la gloire de Ludwig von B., c’est bien le moins qu’on puisse faire ! Ainsi, René Martin, le directeur artistique du festival nantais, explique : « Unique dans l’histoire de la musique, l’œuvre de Beethoven l’est aussi par sa visée humaniste et par le message consolateur et fraternel qu’elle délivre toujours à tous les hommes. N'est-ce pas Beethoven lui-même qui définissait ainsi la finalité de sa musique : “Partie du cœur, qu'elle aille au cœur” ? » Une œuvre à donner le vertige, des chiffres impressionnants : 32 sonates, 9 symphonies, un opéra, des concertos, des bagatelles… On dit que lui, le compositeur et pianiste allemand né le 15- ou le 16- décembre 1770 à Bonn, mort à 56 ans le 26 mars 1827 à Vienne, il est un des maîtres du trio de la musique viennoise, avec Mozart et Haydn. En ce début d’« année », par les maîtres de musique, la question est posée : Beethoven est-il le plus grand ? La densité de son œuvre, à défaut de répondre à la question, permet de la poser. Une certitude : Beethoven était un vrai humaniste- ce qu’explique Elisabeth Brisson, historienne et spécialiste du compositeur : « Il faut insister sur la grande bonté de Beethoven et combattre cette image d’homme colérique qui le poursuit- cette prétendue misanthropie, ce caractère violent voire militaire qu’on lui prête. Cet homme se situe au cœur de l’émotion humaine dans toute sa vérité et la force de sa musique vient de là ». Et l’historienne, de citer « L’Ode à la joie » et le final de « Fidelio » qui constituent, selon elle, des célébrations de l’humanité. 

Directeur musical de la Scala de Milan, Riccardo Chailly vante la modernité de Beethoven. Pour le chef d’orchestre italien, aucun doute : le compositeur allemand demeure le plus grand. Il confie : « Aujourd’hui encore, il reste moderne. Son culot ne cesse de surprendre. C’est ce qu’appréciait tant Mahler, grand interprète de sa musique. Quand Mendelssohn devint chef de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, il dirigeait Beethoven toutes les semaines… » Chailly encore : « Avec la « Symphonie n° 9 », il a cassé la forme sonate. C’était l’ouverture vers un monde sonore complètement nouveau. Et on perçoit également dans sa musique une névrose marquée par la présence régulière de sforzatos. Dans ses symphonies comme dans sa musique pour piano, la ligne mélodique est toujours soumise à la superposition d’autres lignes, qui vont contre la pulsation naturelle et provoquent des oppositions rythmiques. C’est un des signes de la modernité de Beethoven. Il était impensable à son époque de concevoir tant d’éléments contradictoires et concomitants »…
L’histoire raconte que le jeune Ludwig von Beethoven a appris le piano avec son père qui s’était mis en tête d’en faire un nouveau Mozart. Ainsi, il n’hésitait pas à baisser l’âge de son fils sur des programmes de concert ! A 12 ans, le jeune musicien devient l’élève du grand Joseph Haydn. Début d’une épopée musicale à nulle autre pareille. On le dit, on le rappelle : 32 sonates, 9 symphonies, un opéra, des concertos, des bagatelles pour une vie dont il reste encore tant à découvrir : sa véritable date de naissance, l’identité de l’immortelle bien-aimée évoquée dans une lettre de 1812 (cette femme a-t-elle vraiment existé ?)... Facilement (paresseusement ?), les musicologues ont classé Beethoven dans la case « style classique et romantique ».
Récemment, le magazine « Classica » consacrait un dossier à Beethoven. Et y évoquait le mythe, entre histoire et légende : l’enfance malheureuse à Bonn, la lettre du comte de Waldstein l’incitant à recevoir « des mains de Haydn l’esprit de Mozart », la découverte de la surdité, les désillusions sentimentales, les tribulations judiciaires pour devenir le tuteur de son neveu Karl… Histoire et légende qui ont immanquablement induit une lecture morale de sa musique. En 1903, écoutant la « Symphonie n° 9 », le romancier français Romain Rolland applaudit « la victoire la plus éclatante qu’ait jamais remportée l’Esprit » et évoque ainsi le compositeur : « Un malheureux, pauvre, infirme, solitaire, la douleur faite homme, à qui le monde refuse la joie, crée la Joie lui-même pour la donner au monde »…

Beethoven vu par ses contemporains 

Louis-Philippe-Joseph Girod de Vienney, baron de Trémont (préfet français, 1779-1852) : « Beethoven n’était pas un homme d’esprit, si l’on veut entendre par là celui qui dit des choses fines et spirituelles. Il était naturellement trop taciturne pour que sa conversation fût animée. Ses pensées s’émettaient pas boutades, mais elles étaient élevées et généreuses, quoique souvent justes. Il y avait entre lui et Jean-Jacques Rousseau ce rapport de jugements erronés venant de ce que leur humeur misanthrope avait créé un monde à leur fantaisie sans application exacte à la nature humaine et à l’état social. Mais Beethoven était instruit ».

Joseph Haydn (compositeur autrichien, 1732-1809) « Vous aurez des pensées que personne n’a encore jamais eues, vous ne sacrifierez jamais (et vous ferez bien) une belle pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes et, d’après mon sens, on trouvera toujours dans vos œuvres quelque chose, je ne dirai pas de bizarre, mais d’inattendu, d’inhabituel,- certes partout de belles choses, même des choses admirables, mais ici et là quelque chose d’étrange, de sombre, parce que vous êtes vous-même un peu sombre et étrange ; et le style du musicien, c’est toujours l’homme ».

Antoine Reicha (compositeur français d’origine tchèque, 1770-1836) « Il est sauvage, humoriste, misanthrope, et pour vous donner une idée du peu de cas qu’il fait des convenances, il me suffira de vous dire que l’impératrice (d’Autriche, NDLR) le fit prier un matin de passer chez elle ; il répondit qu’il serait très occupé toute la journée, mais qu’il tâcherait d’y aller le lendemain ».

Ferdinand Ries (compositeur et pianiste allemand, 1784-1838) « Beethoven était le plus loyal, le meilleur cœur qu’on pût trouver, seulement son tempérament bouillant et méfiant lui faisait à chaque instant commettre des actes qu’il regrettait plus tard et qu’iul cherchait de tout cœur à réparer… Vous n’imaginez pas à quel point il était maladroit, c’est réellement incroyable. Il ne pouvait adopter un principe ou une règle ; on ne pouvait être plus maladroit à s’expliquer ».

Anton Schindler (ami et biographe de Beethoven, 1795-1864) « Il considérait certaines amitiés comme nécessaires à la formation d’un talent, et une sage amitié pouvait seule prémunir le jeune homme contre le danger de la vanité en faisant une juste appréciation de sa valeur artistique ».

Franz Xaver Schnyder von Wartensee (compositeur suisse, 1786-1868) « C’est un homme des plus singuliers. De grandes pensées agitent son âme, qui ne peut d’ailleurs s’exprimer que par des notes : les paroles ne lui viennent pas facilement. Son éducation a été négligée, et, son art excepté, il est fruste, mais loyal et sans fausseté, il dit carrément ce qu’il pense. Dans sa jeunesse et plus tard encore, il a eu à vaincre bien des obstacles, ce qui l’a rendu capricieux et sombre ».

Franz Schubert (compositeur autrichien, 1797-1828) « L’art est devenu pour Beethoven une science : il sait ce qu’iul peut, et l’imagination obéit à sa réflexion inépuisable ».

Le best of de la Folle Journée de Nantes du 26 janvier 2020

Mercredi 29 janvier 2020 / « Romance pour violon et orchestre en fa majeur » opus 50 et « Concerto pour piano et orchestre n°4 » en sol majeur opus 58, avec Anna Göckel (violon), Nicholas Angelich (piano), Concerto Budapest- direction : András Keller (17h). « Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bémol majeur » opus 73 « “L’Empereur » avec Sinfonia Varsovia et François-Frédéric Guy- piano et direction (21h).

Jeudi 30 Janvier 2020 / « Romance pour violon et orchestre en fa majeur » opus 50 et « Triple Concerto pour piano, violon et violoncelle en ut majeur » opus 56, avec Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon), Trio Wanderer (piano), Musica Viva- direction : Alexaznder Rudin (18h). Sept variations sur « Bei Männern welche Liebe fühlen » de « La Flûte enchantée » et « Sonate pour violoncelle et piano n°4 en ut majeur » opus 102 n°1, avec François Salque (violoncelle) et Claire-Marie Le Guay (piano) (21h).

Vendredi 31 Janvier 2020 / « Sonate n°1 en fa mineur » opus 2 n°1 et « Sonate n°32 en ut mineur » opus 111, avec Anne Queffélec (piano) (17h15). « Sonate n°21 en ut majeur » opus 53 « Waldstein » et « Sonate n°23en fa mineur » opus 57 « Appassionata » avec Nelson Goerner (18h).

Samedi 1er février 2020 / Les Lieder de Beethoven, avec Stephan Genz (baryton), Edwin Crossley-Mercer (baryton-basse), Yoan Héreau (piano) (20h). « Beethoven à La Havane », avec Joachim Horsley (piano jazz) et ses musiciens (22h).

Dimanche 2 février 2020 / « Kaléidoscope beethovénien » avec Trio Karénine (trio avec piano) (13h15). « Sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur » opus 27 n°2 « Clair de Lune », 1er mouvement ; « Sonate pour violon et piano n°5 en fa majeur » opus 24 « Le Printemps » et aussi « Symphonie n°7 en la majeur » opus92, 2ème mouvement, avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Xian Zhang. (17h30).

L’année Beethoven sur Arte

Tout au long de 2020, la chaîne de télévision franco-allemande Arte célèbre le 250ème anniversaire de la naissance de Ludwig von Beethoven avec, au fil des semaines, la diffusion de l’intégrale de son œuvre- soit 138 opus… Demandez le programme !
- Dimanche 2 février / Ouverture. La Folle Journée de Nantes (17h30). La Neuvième- Une symphonie universelle (23.45). Concerto pour piano n°5 par Mikko Franck et Bertrand Chamayou (1h20).
- Dimanche 9 février / Triple concerto avec Yo-Yo Ma (violoncelle), Anne-Sophie Mutter (violon) et le West Eastern Divan Orchestra (18h55).
- Dimanche 16 février / La Pathétique avec Evgeny Kissin- piano (18h55).
- Dimanche 23 février / Maurizio Pollini interprète Beethoven- sonates n°30 et 31 (19h).
- Lundi 13 avril / Fidelio au Festival de Pâques à Baden-Baden (en direct).
- Dimanche 21 juin / Journée spéciale Beethoven. L’intégrale des symphonies (12h45).
Sont également prévus trois documentaires inédits pour le second semestre 2020 : Beethoven Reloaded et Les mélodies celtes de Beethoven et Beethoven intime.

A écouter

« Beethoven. Intégrale des Sonates pour piano ». Fazil Say, piano. CD Warner Classics. Sortie le 17 janvier 2020.
« Cosmos. Beethoven et les Ragas indiens / Sonate au clair de lune & Appassionata ». Shani Diluka, piano. Mehbood Nadeem, sitar. Mitel Purohit, tabla. CD Warner Classics. Sortie le 7 février 2020.