Devouchki : le roman des deux Russies de Victor Remizov

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : lundi 4 mars 2019 21:38 Affichages : 784

russePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il est né à Saratov, en bordure de la Volga à plus de sept cent kilomètres au sud-est de Moscou. Il a étudié la géologie, travaillé comme géomètre expert dans la taïga puis comme journaliste et professeur de littérature russe, écrit des nouvelles. La soixantaine approchant, Victor Remizov publie un premier roman remarquable et remarqué, « Volia Volnaïa » (en VF en 2017)- on le retrouve avec un deuxième roman, tout aussi remarquable : « Devouchki ». Un livre épais, dense, touffu- près de 400 pages, qui emmène le lecteur de Beloretchensk au cœur de la Sibérie à Moscou. On se glisse dans les pas de deux jeunes femmes d’une vingtaine d’années et à la personnalité opposée, deux cousines : Katia et Nastia. Leur quotidien est banalement triste et ordinaire, leur avenir de plus en plus sombre dans cette Russie à deux vitesses qu’apprécie tant décrire et raconter Victor Remizov.

« Beloretchensk était principalement construit en bois. Les maisonnettes individuelles, leurs potagers et leurs bains de vapeur s’amoncelaient sur la vaste colline entaillée d’un ravin, bordée sur un flanc par la large Angara et, sur l’autre, par le Belaïa de la taïga, son affluent de rive droite qui avait donné son nom à la ville », indique l’auteur. Là, les deux jeunes femmes ne supportent la vie qui va, éprouvante et sans perspectives. On y ajoute le père de Katia qui, victime (vertèbre brisée) d’un grave accident, est immobilisé et dont la famille n’a pas l’argent nécessaire pour le soigner. Katia a essayé de travailler pour ramener un peu d’argent chez les parents et pour le frère, addict au jeu, en prison où il continue ses petites magouilles. Du côté de Nastia qui n’a aucune moralité, ce n’est guère mieux : elle ne supporte plus le quotidien auprès de sa mère alcoolique et rêve d'être célèbre, de se marier avec un homme riche et vieux- comme dans les séries télévisées ! Donc, les « devouchki » Katia et Nastia décident le grand voyage. Direction, Moscou la belle, la lumineuse, la fastueuse, la luxueuse… Aucun doute pour les deux femmes, la vie moscovite, ce sera palace- oui, on pourra reprocher à Victor Remizov de jouer un facile avec une telle histoire somme toute assez convenue…
Ah ! Moscou… le rêve russe… Quand Katia et Nastia arrivent à la capitale, elles n’ont rien. La première va travailler dans un restaurant et envoyer de l’argent à ses parents. La seconde ne cherche pas vraiment du travail et rencontre Mourad, un petit voyou. Elles vont trouver une co-location où il y a Alexeï, jeune homme sympathique, romantique et timide- ses parents sont aisés mais il ne veut pas dépendre d’eux et va partir à l’étranger. Katia est victime d’un viol, rencontre Andreï, milliardaire, vingt ans de plus qu'elle, il va l'aider à surmonter ce drame. Avec cet homme attentif et amoureux, elle va découvrir le « beau monde » : il est propriétaire d'hôtels de luxe… « Devouchki », c’est un grand roman « à la russe ». Lyrique et cinglant, Victor Remizov y peint ces deux Russies, celle de Moscou qui n’a que mépris pour ceux qui vivent à la campagne ou viennent des républiques de l’ancienne URSS dans l’espoir d’y trouver du travail et d’y gagner leur vie… Et « Katia, rêveuse, se retourna lentement et, d'un geste de la main, esquissa la neige et le grand ciel de Beloretchensk » et confia : « Je pensais qu'on ne fait pas assez attention à la pureté qui nous entoure. Les âmes pures, on ne les remarque pas, tandis que les crapules nous sautent aux yeux »…

Devouchki
Auteur : Victor Remizov
Editions : Belfond
Parution : 24 janvier 2019
Prix : 21 €