Péchés capitaux : le dernier roman truculent de Jim Harrison, entre violence et rédemption

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 11 octobre 2015 12:04 Affichages : 2003

Péchés capitauxPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Dans ce "faux roman policier" de Jim Harrison, au titre révélateur  et attrayant, on retrouve l’inspecteur Sunderson, le flic de "Grand Maître" : nouveau retraité, ce dernier veut se dédier à sa grande passion, la pêche en rivière. Dans le Nord Michigan, il achète une cabane pour assouvir son culte aux truites et à la nature mais cette sage résolution le conduit dans une contrée où règne la famille Ames, qui  applique un code particulier et perpétue meurtres scabreux, viols, incestes, agressions  violentes : "aucune (famille) n’avait plus mauvaise réputation que les Ames. Il était certain que si l’on pouvait avoir une discussion avec chacun de ses membres -hypothèse peu vraisemblable-, aucun d’entre eux ne reconnaîtrait avoir jamais respecté la moindre loi. Ils étaient leur propre culture, leur propre civilisation. " Au fil des crimes, viols et délits en tout genre commis par les Ames, Sunderson , antihéros par essence, s’évertue de son côté à dresser un bilan de sa vie, de ses moments de gloire, de ses échecs conjugaux, de sa libido sensible et tumultueuse. Tout jeune, il a entendu à l’office dominical un sermon sur les sept péchés capitaux : il analyse à travers chacun d’entre eux son existence, ses expériences et ses égarements: "Les hommes sont prêts à aller au bout du monde pour un joli cul."

Jim Harrison nous embarque dans de beaux paysages, d'enthousiasmantes forêts, des espaces immenses et déserts ou encore des rivières capricieuses et enivrantes….mais au-delà de ces passages remarquables, est dépeinte une société rurale, rude, sans concession, d’où il fait émerger les contradictions de l’homme. "L’orgueil se détecte difficilement. Il s’enracine au plus profond de nous-mêmes et peu de  gens réussissent à s’en débarrasser." Le sexagénaire s’interroge, tente de prouver sa santé sexuelle, et son pouvoir de procréer encore,  "parce que l’âge était en lui-même synonyme  d’une diminution de tous les possibles."

L’alcool faisait partie intégrante du culte de la gloire, du bonheur et de la bêtise.

Même s’il faut avoir un cœur solide et un estomac à toute épreuve pour lire « Péchés Capitaux », on se délecte de cette écriture truculente, entre l’obscène et la délicatesse, le scabreux et la subtilité. Jim Harrison passe en revue ses thèmes de prédilection: la bonne cuisine, le bien boire, le sexe, le couple, et, en toile de fond, la culpabilité de la société américaine à propos du massacre des indiens : "Les Indiens, c’est le grand cadavre dans le placard de l’Amérique.[…]L’histoire de l’Amérique c’est l’histoire de la cupidité. Nous avons annihilé les Indiens et pris toutes leurs terres."( Extrait d’un entretien accordé par Jim Harrison à  François Busnel, « Lire » octobre 2015).

Vous aurez un plaisir intense à découvrir ce roman qui sent les grandes prairies, les sous-bois majestueux, le bon vin, la bonne chère, l’ail, les étreintes fougueuses et les bas-fonds de l’Amérique .

Sunderson était un luddite invétéré, un Don Quichotte rêvant d’un monde qu’il ne verrait jamais.

Péchés capitaux


Auteur : Jim Harrison 


Traduction: Brice Matthieussent


Editions : Flammarion


En librairie le 2 septembre 2015

Prix : 21€