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Le sourire du scorpion : la délivrance selon Patrice Gain

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : jeudi 19 décembre 2019 22:02 Affichages : 2417

le sourire du scorpionPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Ça commence légèrement, comme dans le film Délivrance, auquel l'auteur français, Patrice Gain, fait plusieurs fois allusion. Le Sourire du scorpion démarre sur une longue scène de rafting, dans un canyon, avec cinq personnages : une famille de quatre personnes (père, mère, et leurs grands enfants, un garçon, une fille) et le guide, Goran, dit « le yougo », un serbe au passé mystérieux... Un taiseux, un homme d'action, même, avec un scorpion tatoué dans le cou. Il a l'air de savoir ce qu'il fait. Il est gentil, efficace, serviable. Mais le danger menace, la tension règne, la mort rôde... On se demande où cet étrange récit va nous mener. Le malaise et les non-dits vont crescendo.

Le début du Sourire du scorpion, dont l'écriture est léchée, très maîtrisée, fait penser aux romans américains de nature writing, un genre très prisé, publié chez Gallmeister, comme Sukkwan Island, de David Vann. Celles et ceux qui ont lu ce roman noir, plus proche de Stephen King que de Jack London, comprendront qu'il s'agit ici un compliment. C'est un grand roman, prenant, angoissant, qui mêle le fameux « appel de la forêt » (en Alaska) aux relations familiales complexes, entre un père (déprimé) et son fils (ultrasensible). Récemment, Sauvage, le premier roman de Jamey Bradbury, toujours chez Gallmeister, allait également dans cette direction : call of the wild, huis-clôt psychologique, violence, suspense et... poésie littéraire, grâce à un style soutenu.

Tout ça pour dire que si Le sourire du scorpion avait été publié par un ressortissant américain, chez un éditeur à la mode, on crierait au génie. Or, Patrice Gain est français, né à Nantes en 1961, et son éditeur, Le mot et le reste, est marseillais. L'action se passe dans le Causse, où il y a des loups, des bergers et donc des moutons, qui se font égorger. Mais revenons à notre histoire de rafting. Tom, le jeune narrateur, et Luna, sa sœur, sont ravis de descendre le canyon de la Tara en raft, avec leurs parents. C'est l'été, et ce ne sera qu'une étape de plus dans leur vie de nomades. Car, peu à peu, on comprend que leurs parents sont des « baba-cool », comme on disait avant, post-hippies, écolos « zadistes », un peu en galère, à la marge : ils boivent, fument, sont instables. Du haut de ses 15 ans, Tom ne sent pas en sécurité, il a toujours peur. Sa sœur jumelle, Luna, semble beaucoup plus forte. Chacun à leur manière, ils vont supporter le deuil, le mal-être de leur mère et la folie meurtrière des adultes, représentée par la présence de cet envahissant Goran, un ancien milicien serbe, au Monténégro.

Où l'on apprend que les échos de la guerre en ex-Yougoslavie sont encore dans les mémoires. Et que la grande histoire rattrape toujours les petites histoires familiales. En bon professionnel de la montagne, Patrice Gain décrit admirablement les paysages abrupts et minéraux. Il a un peu de mal à soutenir le haut niveau d'écriture du début jusqu'au bout, mais cela n'enlève rien à la qualité d'ensemble de ce roman pénétrant, et aussi surprenant qu'angoissant. Un auteur à suivre et un éditeur à découvrir.

Le sourire du scorpion
Editions: Le mot et le reste
Auteur : Patrice Gain
206 pages
Prix : 19 €