Pauline

Transmission : une quête de vérité entre humour et profondeur

Écrit par Xavier Paquet Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 21 février 2020 16:57 Affichages : 737

hebertotPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Transmission c’est l’histoire d’une rencontre. Celle de l’homme avec sa foi. Celle du prêtre avec Dieu. Surtout celle entre deux personnalités : Mark Dolson, jeune diacre au séminaire Saint François, et le père Fraley, prêtre aguerri. L’histoire d’une rencontre qui débute lorsque Mark interrompt l’homélie de ce curé adulé de ses paroissiens pour l’interroger sur son rôle.

Débute une confrontation entre deux hommes : le jeune séminariste fougueux qui s’interroge sur l’alignement entre l’Eglise et la société actuelle (la place des femmes, de l’homosexualité, le célibat des prêtres) et l’expérimenté dont les prêches joyeux sont faits de certitudes et de compromissions.

Cette confrontation se marque même dans les codes vestimentaires et l’attitude des comédiens : élégance conservatrice du père Fraley, tenue sportive pour le séminariste, bonhommie d’un côté, dureté de l’autre.
Elle se tend dans le verbe entre les prêches endiablés et plein d’humour de Fraley auxquels répondent les questionnements secs et intransigeants de Dolson. Tout les sépare et pourtant ces deux caractères vont se rencontrer, s’apprivoiser et s’entraider. Fraley veut transmettre les bonnes valeurs à son disciple pour qu’il sauve sa place de diacre face au conservatisme de l’évêque supérieur, Dolson force son ainé à se questionner sur son rôle, sa foi et sa pratique.

La pièce est décomposée en tableaux courts qui mettent en avant toute la force et l’intelligence du texte : des dialogues rythmés, une écriture ciselée où la profondeur du propos se mélange à l’humour. Car oui on rit beaucoup : comique de situation, comique de verbe, comique de jeu d’acteur. Elle est portée par un duo de comédiens aux antipodes d’intention : Francis Huster en ruptures et changements d’état permanents fait vivre son personnage avec beaucoup d’intensité, Valentin de Carbonnières plus sobre et dur dans son rôle d’écorché vif.
La mise en scène est efficace faisant alterner l’histoire entre deux lieux : la paroisse avec son pupitre et sa grande croix lumineuse sur fond gris rappelant la pierre, le bureau du père Farley, décor en bibliothèque à l’anglaise. Les transitions se font par un noir plateau pour séparer la temporalité et le lieu.

Transmission n’est pas au final une pièce centrée sur la religion et porte en sous texte un message plus universel: vaut-il mieux parler sans écouter ou écouter sans parler ? Vaut-il mieux dire la vérité ou ce que les gens attendent que l’on dise ? Ne pas dire la vérité est-ce se mentir à soi-même ?
Face à la « théologie de boulevard » que Dolson lui reproche, Farley se fissure et révèle l’humain qui se cache derrière le prêcheur jovial. Face à ce jeune séminariste, il est forcé de s’interroger sur ses renoncements tantôt de manière dramatique tantôt de manière comique.

Dans cette quête de vérité, c’est une rencontre riche d’apprentissages et d’émotions que se livrent deux générations. Entre sermons et confessions, humour et profondeur, une rencontre sincère et touchante entre simplement deux hommes.

Transmission
Auteur : Bill C. Davis
Avec Francis Huster, Valentin de Carbonnières
Mise en scène : Steve Suissa

Dates et lieux des représentations: 
- Jusqu'au 31 mai 2020 au Théâtre Hébertot (78 bis, boulevard des Batignolles, 75017 Paris)