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Vents contraires : l’insoutenable désenchantement de l’être

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 2 février 2020 06:35 Affichages : 726

vents contrairesPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Paris. Cinq femmes, un homme. Ils se nomment Rodolphe, Marie, Salomé, Marthe, Camille, Leila. Six êtres qui nagent en eaux troubles dans la complexité des relations sentimentales. Ruptures, coups de foudres, amours platoniques, impuissants, impossibles…Leurs rêves trop grands se heurtent au cynisme d’un aujourd’hui égocentré et obsédé par la « marchandise ».

Se succèdent sur le plateau des rencontres puissantes en émotions tant y explosent à la fois toute la fragilité des « victimes », la lâcheté et l’indifférence à la douleur de l’autre des « bourreaux ».
Au sein d’une scénographie modulable, tout à la fois épurée et élégante -au dessus de laquelle trône un superbe lustre, portée par comédien.ne.s d’une remarquable justesse, Vents Contraires séduit le spectateur pour sa peinture bouleversante d’une humanité en pertes de repères et qui cherche désespérément à (re)trouver le sens, la liberté et l’amour. Le texte de Jean-René Lemoine, mêlant avec pertinence le trivial et le sublime, exprime avec justesse la détresse d’âmes qui dépérissent, après s’être battues avec persévérance et acharnement, finalement épuisées de ne pas trouver la sérénité.

On livre ses failles quand on tombe amoureux.

« Que le ciel est gris au dessus de Paris »…et davantage encore quand on s’apprête à commettre la « barbarie » suprême d’annoncer à son conjoint qu’on ne l’aime plus. Cette cérémonie de l’amour à laquelle l’on souhaite mettre fin nous promet-elle pourtant de s’extirper de l’ennui du quotidien? Le sentiment de solitude ne nous colle-t-il pas, quoi que nous fassions, à la peau? Marie aimerait s'abandonner au bonheur de se retrouver ailleurs, Leïla brûle de retrouver sa jeunesse et son heure de gloire, Marthe aspire à être réellement désirée, Camille adorerait mettre de la distance avec les paillettes des défilés et vivre simplement, Rodolphe se laisse porter par les sollicitations des femmes qui l'entourent...Salomé, objet de convoitise et de jalousie pour tous, croit pouvoir tout braver de sa jeunesse éclaboussante de beauté...Personne, pourtant, dans ce chassé-croisé de désirs, ne pourra en sortir indemne.

La musique au rythme pulsé reste là pour tenir le rythme haletant d’une vie qui avance malgré tout, qui nous échappe. La lumière, baignée de nuit, donne au monde dépeint des allures de songe amer.

C’est le premier qui avoue qui doit purger sa peine.

Face à la brutalité du monde, des être qui se débattent comme ils peuvent, qui essaient de « transformer le désastre en triomphe » mais tout est chaos. Qu’ont-ils fait de leurs vies? Dans cette tragédie ordinaire aux douleurs extraordinaires, on essaie d’arrêter les larmes, le « cyclone de la pensée » mais on erre dans l’impalpable réalité avec le même état comateux que les fantômes de la Salpêtrière.

Au delà de l’obsolescence des corps, l’échec de la monogamie...

Vents contraires réussit de manière percutante à exprimer ce vertige nauséeux de l’humain dans un monde où les rêves ont déchu. Et quand Camille chante les mots de Mylène, le coeur du spectateur se déchire devant la dissolution tragique de l’être qui a perdu tout espoir.

salomé« Nager dans les eaux troubles
Des lendemains
Attendre ici la fin
Flotter dans l'air trop lourd
Du presque rien
A qui tendre la main
Si je dois tomber de haut
Que ma chute soit lente
Je n'ai trouvé de repos
Que dans l'indifférence
Pourtant, je voudrais retrouver l'innocence
Mais rien n'a de sens
Et rien ne va
Tout est chaos
A côté
Tous mes idéaux, des mots Abîmés
Je cherche une âme, qui
Pourra m'aider
Je suis
D'une génération désenchantée
Désenchantée » ( Désenchantée, Mylène Farmer)

VENTS CONTRAIRES
Texte et mise en scène: Jean-René Lemoine
Scénographie : Christophe Ouvrard
Lumière : Dominque Bruguière
Composition musicale : Romain Kronenberg
Costumes : Pryscille Pulisciano
Travail vocal :Donatienne Michel-Dansac
Avec : Anne Alvaro, Océane Cairaty, Marie-Laure Crochant, Alex Descas, Norah Krief, Nathalie Richard

Dates et lieux des représentations:
- Les 29 et 30 janvier 2020 au Théâtre de Nîmes ( 30)
- Du jeu. 06/02/20 au sam. 08/02/20 à Les Théâtres - Marseille - En partenariat avec Théâtre du Gymnase