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Cuba à en mourir : ..de Nantes à La Havane, du rêve Armoricain au polar Cubain

  • Écrit par : Valérie Morice

cubaPar Valérie Morice - Lagrandeparade.com/Dans son précédent roman « Le rêve Armoricain », Stéphane Pajot laissait en suspens le meurtre non élucidé d’une étudiante, meurtre pour lequel Mathieu Leduc, photographe- journaliste local- bibliophile allait être mis en cause, accusé à tort puis acquitté. Ne comptant pas en rester là, il « jura d’aller régler le compte à ce type qui avait gâché une partie de sa vie ». Ce type, il le connaît bien. Il l’avait reconnu sur les vidéos qui avaient servi à le disculper et qui rôdait sur la scène du crime ce soir-là : Olaf, un ancien collègue qui vit 6 mois par an à Cuba, bizarrement évaporé à l’issue du premier procès. Restait plus qu’à patienter dans l’ombre et à mûrir froidement sa vengeance.
Dans « Cuba à en mourir », trois ans se sont écoulés. Le lecteur retrouve Mathieu fraîchement débarqué à La Havane, officiellement en reportage photo pour la création d’un livre sur les voitures Américaines survivant depuis l’embargo, mais officieusement sur les traces de « L’Autre », « l’ordure ». Aidé de Carlos, exilé cubain au carnet d’adresse bien fourni qui pilote depuis Nantes tel James Bond, il va devoir se plier à un jeu de piste effréné, flanqué d’un trio de choc : Tonino le chauffeur de taxi, José son frère, et Arnaldo, propriétaire d’un bar clandestin. Cette traque qui va rapidement aboutir au meurtre du coupable (« présumé ») tient toute sa place dans la première partie du roman, laissant le lecteur sur sa faim, des questions sans réponses, notamment celle du mobile. Tactique pertinente de l’auteur qui nourrit son lectorat à la petite cuillère, en attendant de lui fournir la clé de l’énigme sur un plateau d’argent. Stéphane Pajot étant un conteur invétéré, le « teasing » (« aguichage » en Français) y est parfaitement maîtrisé et les codes du polar respectées.
Acte 2. Mathieu qui est rentré en France, est parvenu à passer entre les mailles du filet, tout en s’interrogeant sur le meurtre de La Havane dont personne n’a parlé dans la presse Cubaine. C’est dans cette deuxième partie du récit que les évènements vont s’accélérer, s’emboiter, se recouper jusqu’à l’insoutenable vérité révélée par Didier son ami d’enfance qu’il est venu accueillir à sa sortie de prison. Un aveu à filer la chair de poule nonobstant le contexte dramatique dans lequel il va être dévoilé. En dire plus serait faire offense à l’auteur.
« Cuba à en mourir » est un roman sur la fraternité et sur la trahison, sur le jusqu’au-boutisme de l’amitié et des sacrifices qui peuvent en résulter. Stéphane Pajot, qui a posé ses valises à La Havane il y a cinq ans, le temps d’un bref séjour, y livre une description très détaillée du paysage Cubain, notamment celle de la vallée de Viñales à l’Ouest de Cuba.
On y découvre une ambiance chaleureuse et festive sur fond de régime Castriste, d’embargo, de cigares et de mojitos, soutenue par la présence spirituelle d’Hemingway dont l’âme hante toujours les lieux (merci au passage pour la recette du cuba libre !).
Les Nantais apprécieront, comme souvent dans les récits du journaliste (à Presse-Océan depuis 1986), les références aux lieux, évènements et personnalités qui font, ou ont fait la culture et l’histoire de cette ville dont il n’a de cesse de vanter les mérites.
Bien plus qu’un roman, « Cuba à en mourir » n’est-il pas rétrospectivement un hommage et une déclaration d’amour de l’auteur à ses propres « frangin.es » de fortune …?

Cuba à en mourir
Editions : d’Orbestier
Collection : Bleu Cobalt
Date de parution : 3 mai 2019
Prix : 9,90€
128 pages


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